BAIKONOUR (Kazakhstan) (AFP) - Arianespace veut profiter de la complémentarité entre ses fusées et celles de ses alliés russes pour tenter de conforter sa place de numéro un mondial des services de lancement de satellites sur un marché commercial toujours difficile.
La société européenne a mis dimanche en orbite Galaxy-14, un satellite américain de télécommunications d'une masse de 2 tonnes, via sa filiale Starsem, avec un lanceur russe Soyouz, depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan.
Jeudi, elle a lancé avec une fusée Ariane-5, depuis le centre spatial de Kourou, en Guyane, le satellite thaïlandais Thaïcom-4, le plus gros satellite commercial jamais construit (6,2 tonnes).
"Nous avons une politique de gamme", explique Jean-Yves Le Gall, directeur général d'Arianespace et de Starsem, qui a supervisé ces deux tirs effectués à quelques jours d'intervalle.
Pour Arianespace, il s'agit d'être capable de "lancer toutes sortes de satellites vers tous les orbites", ajoute-t-il.
La société européenne, qui commercialise les fusées de la famille Ariane, a complété sa panoplie avec Soyouz en créant en 1996 la société euro-russe Starsem qui a l'exclusivité de la commercialisation de ce lanceur sur le marché international.
Hérité de l'ex-empire soviétique, Soyouz est un lanceur "rustique" selon certains, mais réputé pour sa fiabilité et qui a fait ses preuves: 1.669 exemplaires ont été tirés avec un taux de réussite de quelque 98% depuis son premier vol, avec Spoutnik en 1957.
"Soyouz est de plus intégré dans la gamme des lanceurs d'Arianespace", assure le directeur général d'Arianespace.
La famille de fusées Ariane comprend l'Ariane-5 de base, dite "générique", utilisable pour des satellites de plus de 3 tonnes, et l'Ariane-5 ECA, la plus puissante avec une capacité d'emport de 10 tonnes.
En 2008, le lanceur russe pourra être exploité à Kourou, un site idéal pour envoyer des satellites en orbite géostationnaire, vu sa proximité de l'équateur.
Face à son principal concurrent, l'américain International Launch Services (ILS) qui exploite lui aussi un lanceur russe, Proton, la société européenne fait valoir qu'elle peut compter sur la disponibilité de plusieurs fusées.
D'ores et déjà, les lancements de satellites de moins de 3 tonnes, comme Galaxy-14, peuvent être assurés indifféremment par Ariane ou Soyouz.
"Nous proposons les deux possibilités à nos clients", assure M. Le Gall.
Ainsi, "Galaxy-14 devait être lancé par une Ariane-5 mais pour des raisons de disponibilité, il a été décidé de le lancer avec Soyouz", commente-t-il.
Par contre, le satellite Galaxy-15 sera lancé par une Ariane-5 qui emportera également un autre passager, le satellite de télécommunications militaires français Syracuse 3A (3,8 tonnes), pour un vol prévu "fin septembre", selon M. Le Gall.
Pour 2005, la société prévoyait cinq tirs d'Ariane-5 à partir de Kourou, et trois avec Soyouz depuis Baïkonour. Le lancement de Thaïcom-4 était le deuxième tir d'Ariane cette année et celui de Galaxy-14, le premier de Soyouz.
Restent trois Ariane-5 à lancer d'ici à la fin de l'année mais le dernier lancement pourrait être reporté à 2006, selon M. Le Gall.
Quant à Soyouz, le programme de fin d'année comprend le lancement de la sonde Venus Express pour le compte de l'Agence spatiale européenne ESA, et celui d'un premier démonstrateur destiné au futur système européen de navigation par satellite Galileo.



