ACCRA (AFP) - Les sirènes du Ghana ont retenti mercredi matin, signifiant l'arrivée en Afrique de la quatrième éclipse totale de soleil du siècle, qui devait balayer l'ouest et le nord du continent avant de poursuivre sa course vers l'Asie centrale.
La Lune a complètement masqué le Soleil à Accra à 09H10 locales (et GMT) pendant deux minutes et demi, sous le regard émerveillé de nombreux Ghanéens descendus dans les rues pour voir le spectacle, avant de plonger le Togo voisin dans la pénombre à 09H14 GMT
Partie d'une petite portion de la côte nord-est du Brésil, autour de Natal à 08H39 GMT, l'ombre produite par le passage de la Lune devant le Soleil aura traversé trois heures plus tard quatre continents et parcouru 14.500 kilomètres, installant sur son passage la nuit en plein jour au Ghana, Togo, Bénin, Nigeria, Niger, Libye, Turquie, Géorgie, au sud de la Russie et au Kazakhstan.
Les éclipses du Soleil sont un phénomène assez banal, puisqu'il y en a au minimum deux par an, auxquelles s'ajoutent deux éclipses lunaires (la Terre s'intercale entre le Soleil et notre satellite et intercepte la lumière qui l'éclaire).
Mais au Ghana, le phénomène, observable pour la première fois depuis 59 ans sur la quasi-totalité du territoire, représentait une occasion unique pour une majorité des Ghanéens, dont l'espérance de vie moyenne est estimée à 57 ans par les Nations unies.
"C'est la première fois que je vois une éclipse. Je suis tellement émue. Ma petite fille de quatre ans est là avec moi. Et je suis heureuse aussi parce que je pourrais dire à mes petits-enfants: j'y étais, a déclaré Sylvia Boateng, secrétaire de 38 ans.
Au Togo, les rues de la capitale était inhabituellement désertes mercredi au passage de l'éclipse et les petits marchands de rue n'avaient pas ouvert leurs étals.
Les habitants ont, semble-t-il, respecté à la lettre les consignes gouvernementales appelant la population à rester chez elle et ont préféré observer le phénomène sur leurs postes de télévision.
Dans l'ensemble des pays parcourus par l'éclipse, des campagnes d'information ont été menées pour avertir la population: il ne faut surtout pas regarder le Soleil sans lunettes spécifiques, sous peine d'encourir des brûlures irréversibles de l'oeil, y compris dans les régions où l'éclipse ne sera que partielle.
Ces campagnes de prévention se sont doublées dans plusieurs pays de messages visant à rassurer les populations: de tous temps, les éclipses du Soleil ont été associées à des événements funestes, comme la chute de Constantinople. Cette fois-ci encore, le phénomène ne fait pas exception.
"N'ayez pas peur!", lançait mardi le ministère de l'Information du Nigeria dans un message s'étalant sur une pleine page de journal.
Au Niger, un haut dignitaire religieux musulman du Niger, Cheikh Adamou Yahaya, avait appelé les fidèles à organiser des prières collectives, déclarant sur les ondes que "les éclipses sont des prémisses, des rappels à l'ordre", demandant à la population de ne "pas céder à la panique" et enjoignant ses condisciples à faire "deux rakaats" (prières).
Les scientifiques turcs ont dû fournir des explications pour assurer qu'il n'y avait aucun lien entre la précédente éclipse de 1999 et les deux énormes tremblements de terre survenus peu après, au lourd bilan de 20.000 morts.
Mais le phénomène ne suscite pas que des appréhensions et devait ravir les quelque 7.000 chasseurs d'éclipses et chercheurs, Américains, Britanniques, Français et Allemands, venus assouvir leur passion en Libye, installés pour certains dans de luxueux villages de toile dressés dans le désert.
Dans de nombreuses régions d'Europe de l'ouest, notamment en France, où les nuages pourraient compromettre une bonne observation de l'éclipse partielle, l'éclipse ne sera que partielle.
Même dans les régions où le phénomène ne sera que partiel, les traditionnels s'appliquent: ne surtout pas regarder le soleil sans lunettes spécifiques, complètement opaques à la lumière normale, sous peine d'encourir des brûlures irréversibles de l'oeil.



