MOSCOU (AFP) - Quarante-cinq ans après le vol de Iouri Gagarine dans l'espace, les Russes présentent des projets grandioses de conquête de la Lune et de Mars d'ici 2030, mais ces ambitions se heurtent aux problèmes financiers dont le secteur se remet à peine après la chute de l'URSS.
Fière d'avoir envoyé le premier homme dans l'espace, le 12 avril 1961, la Russie rêve aujourd'hui de retrouver son rôle de super-puissance spatiale et de relever le défi américain en conquérant de nouvelles planètes. "Nous pouvons débarquer sur la Lune avant 2015", a affirmé mardi le président de la société de construction spatiale russe RKK Energuia, Nikolaï Sevastianov, ajoutant qu'une expédition russe vers Mars devrait avoir lieu entre 2020 et 2030. Le programme lunaire russe prévoit l'extraction d'hélium-3, une source d'énergie alternative, d'ici 2025. L'organisation des expéditions vers la Lune coûterait deux milliards de dollars et l'exploitation (extraction et transport) d'hélium entre 40 et 200 milliards de dollars, un coût qui sera amorti grâce au potentiel énergétique de ce gaz, selon M. Sevastianov. Ces sommes sont toutefois d'autant plus astronomiques que le programme national spatial russe pour les dix ans à venir ne prévoit aucun financement pour ces projets. L'académicien Boris Tchertok, ancien adjoint du père de la conquête spatiale russe, Sergueï Korolev, qui envoya Gagarine dans l'espace, met un bémol à ces ambitions. "Les conquêtes de Mars et de la Lune sont irréelles tant que la Russie restera droguée au pétrole et au gaz et ne développera pas de hautes technologies", martèle-t-il. Les industries de pointe russes "se sont dégradées": "aujourd'hui à Moscou, on roule dans une voiture japonaise guidée par le système de navigation GPS américain à l'aide d'un moteur fabriqué en Chine", s'insurge-t-il. Les étudiants "les plus doués partent à l'étranger ou travaillent dans des structures commerciales qui n'ont rien à voir avec l'espace", déplore-t-il aussi. "En 1961 on était sûr que quel que soit le résultat du premier vol habité, nous recevrions tout l'argent nécessaire pour poursuivre nos recherches. Aujourd'hui, les Etats-Unis dépensent 30 fois plus que la Russie en programmes spatiaux. Nous sommes même derrière la Chine et l'Inde", estime M. Tchertok. Les dix années ayant suivi la chute de l'URSS en 1991, pendant lesquelles le secteur spatial russe a été pratiquement privé de financements, ont laissé d'importantes séquelles dans le développement des programmes nationaux. En mars 2001, la Russie a été obligée de détruire la station Mir, symbole des succès de l'odyssée de l'espace, n'ayant pas les moyens financiers de l'entretenir et de développer en même temps la Station spatiale internationale (ISS). Le secteur se redresse cependant petit à petit grâce notamment au tourisme spatial initié en 2001 avec le voyage de l'Américain Dennis Tito. Un voyage dans l'espace coûte environ 20 millions de dollars. "L'industrie spatiale doit devenir de plus en plus rentable grâce au tourisme et aux expériences que nous menons dans l'espace, sur commandes étrangères", souligne M. Sevastianov. La commercialisation de l'espace et la coopération internationale de la Russie coupent court aux carrières de cosmonautes russes, regrette de son côté Sergueï Krikalev, qui a battu le record de durée totale de séjour dans l'espace en passant au total plus de 747 jours loin de la Terre. "Nous avons des problèmes pour envoyer des cosmonautes dans l'espace, les places disponibles sont prises par des partenaires internationaux" à bord de l'ISS, souligne-t-il. Le développement de programmes de conquête de nouvelles planètes devrait remédier à cette situation, espère-t-il.



