MOSCOU (AFP) - La suspension des vols de navettes spatiales américaines rétablit temporairement le monopole de Moscou sur les vols habités vers la Station spatiale internationale (ISS) et les responsables russes ne se privent pas de souligner que si leurs taxis de l'espace manquent de confort, ils sont sûrs et pas chers.
Sans détour, ces responsables ont indiqué qu'en cas de besoin, la Russie pouvait assurer trois vols habités vers l'ISS d'ici février, ajoutant dans le même souffle qu'ils espéraient voir les Américains payer la facture pour toutes les missions rendues nécessaires par l'annulation des vols de leurs navettes.
Leur prix ? Pas plus de 65 millions de dollars, une fraction modique des plus de 500 millions que coûte en moyenne la mission d'une navette, selon Alexeï Krasnov, chef des vols habités à l'Agence spatiale russe.
Pour cette somme, le client reçoit un vaisseau Soyouz, le percheron fidèle des transports spatiaux russes, et tous les services annexes, du lancement au retour dans les steppes du Kazakhstan.
"Nous espérons que les navettes américaines reprendront des vols réguliers et nous proposons à nos collègues de la NASA d'utiliser les Soyouz comme vaisseau de secours", a déclaré M. Krasnov la semaine dernière en marge d'un salon aéronautique près de Moscou.
Les responsables russes et américains doivent se rencontrer prochainement pour en discuter. M. Krasnov a déclaré que la Russie était prête à étudier plusieurs scénarios.
Bien que la Chine ait lancé un homme dans l'espace en 2003 et qu'elle se prépare à répéter cet exploit, peut-être dès octobre prochain, la Russie et les Etats-Unis sont aujourd'hui les seules puissances capables d'assurer le transport d'hommes vers l'ISS.
Mais la Nasa a été obligée d'annoncer jeudi dernier le report des vols de ses navettes à mars prochain au plus tôt, après des problèmes apparus lors de la dernière mission de Discovery et qui ont rappelé la catastrophe de Columbia en 2003. Certains experts sont allés jusqu'à prédire que les navettes ne voleraient plus du tout.
Cependant, si la Nasa décide qu'elle a besoin de l'aide des Russes, elle peut se heurter à un obstacle législatif: une loi américaine interdit à Washington de financer les programmes spatiaux russes tant que Moscou coopère avec l'Iran dans le domaine nucléaire.
De son côté, la Russie regarde bien au delà de son partenariat avec Washington et étudie plusieurs projets publics et commerciaux, dont celui d'envoyer de très riches touristes de l'espace faire le tour de la Lune.
Le projet de budget russe pour 2006 réserve environ 220 millions de dollars pour l'espace, une somme relativement maigre si on la rapproche des 9,6 milliards prévus aux Etats-Unis, mais qui marque une augmentation de 160% par rapport à 2005.
Outre les activités courantes, ces fonds doivent contribuer au développement de la navette spatiale russe, le Kliper, que la Russie veut lancer autour de 2012.
Pendant que les responsables des programmes américains ont du mal à décider ce qu'il leur faut faire maintenant, leurs homologues russes leur rappellent que les accords passés dans le cadre de l'ISS expirent au printemps et que le transport d'astronautes américains ne figurera pas nécessairement parmi leurs priorités.
"Les obligations de la Russie à l'égard de ses partenaires américains prennent fin au printemps", a observé M. Krasnov. "Un vaisseau Soyouz transportera alors deux cosmonautes russes vers l'ISS. La troisième place sera réservée soit à un touriste de l'espace, soit à un spationaute de l'Agence spatiale européenne".



