WASHINGTON (AFP) - Contraint de finir la Station Spatiale Internationale (ISS), clé de l'exploration humaine de l'espace, avant la retraite programmée des navettes en 2010, la Nasa va tenter de lancer Discovery le 1er juillet malgré certains risques persistants mis en avant par des ingénieurs de l'agence.
Le patron de l'agence, Michael Griffin a annoncé ce week-end, à l'issue d'une réunion avec quelque 200 ingénieurs et responsables du programme, avoir tranché pour procéder à un lancement le 1er juillet, au premier jour de la prochaine fenêtre de tir se refermant le 19.
Il a expliqué avoir pris en compte les objections du responsable de la sécurité des vols, Bryan O'Connor et de l'ingénieur en chef de la Nasa, Christopher Scolese, qui souhaitaient avant de lancer la navette, retirer de la mousse isolante sur 34 attaches du réservoir externe afin d'éliminer tout risque de perte d'isolant pouvant endommager l'orbiteur.
Un morceau de mousse de 700 grammes avait été à l'origine de l'accident de Columbia le 1er février 2003, en perforant la protection thermique de son aile gauche. La navette s'était alors désintégrée en entrant dans les couches denses de l'atmosphère.
Lors de la reprise des vols en juillet 2005, après de premières modifications et des centaines de millions de dollars dépensés, un morceau de mousse de 450 grammes s'était à nouveau détaché du réservoir externe peu après le lancement, sans toucher la navette.
La Nasa avait alors cloué au sol les trois navettes pour s'efforcer de régler ce problème persistant et vexant.
La navette, sorte de camion de l'espace, est le seul véhicule capable d'emmener en orbite les éléments lourds de l'ISS, un programme de 100 milliards de dollars, en grande partie financé par les Etats-Unis, pour préparer les humains à de longs séjours dans l'espace et à concevoir des vaisseaux spatiaux.
La Nasa a retiré plus de 15 kg de mousse isolante sur la partie du réservoir externe où les plus gros morceaux d'isolant se sont détachés dans le passé.
Cet isolant empêche la formation de glace sur certaines parties du réservoir rempli d'hydrogène et d'oxygène liquide à très basse température.
Cette modification majeure permet "d'éliminer le danger que de gros morceaux se détachent (...) un risque désormais acceptable", a insisté Wayne Hale, le responsable du programme.
M. Griffin a fait valoir qu'on pouvait effectuer quelques vols sans faire, pour le moment, davantage de modifications au réservoir externe.
Même si un petit morceau de mousse endommageait l'orbiteur, l'équipage ne serait pas en danger car la navette pourrait rejoindre l'ISS qui dispose de suffisamment de vivres pour héberger les astronautes plusieurs semaines, a estimé M. Griffin.
La Nasa aurait alors le temps de réparer dans l'espace ou de ramener l'équipage avec une autre navette ou avec des Soyouz russes, a-t-il souligné.
Il a expliqué vouloir reprendre les lancements de navettes sans trop tarder afin de pouvoir effectuer d'ici 2010 les 16 vols nécessaires pour finir l'ISS commencée en 1998 et un autre pour prolonger la vie du télescope spatial Hubble.
La Nasa prévoit de remplacer la navette vieillissante par le CEV (Crew Exploration Vehicule) à partir de 2012-2014. Il devrait ramener les Américains sur la Lune dès 2018 et permettre à plus longue échéance d'atteindre Mars.
"Des retards, a dit M. Griffin, accroîtraient ultérieurement les pressions pour précipiter les lancements afin de finir dans les temps, augmentant davantage les risques".



