(ESPACE Magazine) Ce 23 juin, la sonde Smart-1 doit exécuter une délicate manoeuvre afin de se crasher volontairement sur la Lune le 3 septembre prochain. Retour sur cette mission européenne.
Smart-1 est un cube d'environ 1 m de côté pesant 370 kg et flanqué d'une paire de panneaux solaires mesurant 1,77 m de long chacun. Lancée le 27 septembre 2003 par la fusée Ariane 5 (en passager "auxiliaire" de deux gros satellites de télécommunication qui pesaient, eux, au total 4 tonnes), elle est devenue le 15 mars 2005 la première sonde européenne sur orbite lunaire. Le temps exceptionnellement long mis pour atteindre la Lune provient de l'emploi d'un moteur dit plasmique, conçu et fabriqué par la Snecma (groupe Safran), le PPS 1350. Ce dernier éjecte des ions de xénon à très grande vitesse en utilisant l'énergie électrique des panneaux solaires. Ce moteur spatial "propre" génère certes une poussée très faible - ce qui explique le temps mis à atteindre l'orbite lunaire - mais s'avère en contrepartie extrêmement économe puisque seulement 80 kg de xénon ont été nécessaires pour la mission de la sonde.
Outre tester ce nouveau mode de propulsion, Smart-1 a donc aussi signé la première mission de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) sur orbite lunaire. Les instruments embarqués ont ainsi détecté depuis l'orbite du calcium dans le sol sélène et démontré l'existence de pics de lumière éternelle au pôle nord de la Lune. Il s'agit de sommets où le Soleil ne se couche jamais.
Exemplaire par ses retombées au regard d'un budget modeste (environ 110 millions d'euros), Smart-1 a vu la fin de sa mission repoussée d'août 2005 à août 2006 par le comité scientifique de l'ESA, et ce à l'unanimité.
Toutefois, la sonde ayant épuisé son xénon, toute prolongation supplémentaire s'avérait impossible et elle devait s'écraser sur la face cachée de la Lune le 17 août prochain. Le responsable scientifique de la mission, Bernard Foing, a eu alors l'idée d'utiliser les petits moteurs d'orientation de Smart-1 (qui consomment de l'hydrazine et sont indépendants du moteur plasmique employant du xénon) afin d'altérer l'orbite de celle-ci et ainsi obtenir un crash volontaire sur la face visible le 3 septembre 2006. "C'est une occasion unique d'observer divers phénomènes" a déclaré Bernard Foing (voir le dossier complet d'ESPACE Magazine n°22, actuellement en kiosque) qui précise qu'on "s'attend à ce que 30 à 100 tonnes de matériaux soit projetés !" En effet, en heurtant le sol sélène à 7.200 km/h, la sonde va soulever une gerbe de poussières qui seront très probablement pour la plupart échauffées par le choc de l'impact. Une campagne d'observation concertée avec des télescopes au sol et sur orbite terrestre permettra donc de mieux caractériser la composition du sol lunaire. Pour Bernard Foing, cette mission sert de tremplin à l'avenir de l'exploration lunaire par l'Agence Spatiale Européenne. Il déclare d'ailleurs : "Nous utilisons aussi l'expérience et les données de Smart-1 pour collaborer à la préparation de futures missions internationales robotiques et humaines".



