WASHINGTON (AP) - Les sept membres d'équipage de la navette Discovery, qui doit être lancée samedi de Cap Canaveral (Floride) en direction de la Station spatiale internationale (ISS), savent, selon les statistiques fournies par la NASA, qu'ils ont une chance sur cent d'y laisser leur vie. Mais le risque pourrait cette fois être plus élevé.
Alors que le compte à rebours a commencé pour ce vol, le premier depuis l'accident tragique de 2003, des responsables de la NASA ont, fait inhabituel, exprimé leur désaccord avec la décision de leur hiérarchie de procéder au lancement de Discovery. En effet, le problème des blocs de mousse isolante susceptibles de se détacher du réservoir extérieur, comme ce fut le cas avec Columbia, n'a pas été totalement solutionné. Il a même donné de nouvelles sueurs froides à la NASA l'an dernier, lors du premier vol de navette depuis le drame.
Le directeur de la sécurité de l'agence, Bryan O'Connor, voulait attendre que soit trouvée une solution avant de faire décoller Discovery. Mais l'administrateur de la NASA, Michael Griffin, a décidé qu'en dépit de ce léger risque, il était préférable de maintenir le lancement.
"C'est une décision difficile, très technique, très délicate", a expliqué M. Griffin à l'Associated Press. "Nous avons passé plusieurs semaines sur cette décision."
Si le lancement de Discovery était reporté, l'objectif de finir la construction de l'ISS, mission à laquelle Discovery doit contribuer, serait difficile à atteindre avec seulement 16 lancements de navettes prévus d'ici 2010. Reste le risque que courent les astronautes.
Des humains sont partis dans l'espace 717 fois. Au total, 18 en sont morts: les sept membres d'équipage de Challenger, les sept astronautes de Columbia et quatre cosmonautes dans deux accidents datant de époque soviétique. Ce bilan ne comprend pas les trois morts de l'incendie survenu lors d'un test de lancement à bord d'Apollo 1 en 1967.
L'astronaute de Discovery Mike Fossum a confié avoir dû "regarder (sa) femme dans les yeux" avant de prendre sa décision. "Ce n'est pas vraiment facile pour elle, ni pour personne d'ailleurs."
Stephanie Wilson, qui participera à sa première mission spatiale, plaisante quant à elle sur les statistiques, relevant qu'un risque sur 100, c'est toujours mieux qu'un sur 99... Mais elle ajoute: "Sérieusement, nous nous entraînons tous et nous savons quels sont les risques."
Michael Stamatelatos, qui en tant que responsable des questions d'assurance est un expert es-risques, affirme que la probabilité de perte d'un véhicule et de son équipage, de l'ordre de 1%, devrait être considérés comme très raisonnable. Il est vrai que la NASA évoquait un risque 1 sur 7.000 avant que l'explosion de Challenger en 1986 ne vienne remettre en question cet excès d'optimisme. AP



