SAINT-AUBIN (Essonne) (AFP) - Le "Soleil" n'est pas encore en activité que des chercheurs du monde entier se bousculent pour y réserver leur ligne de lumière: le rayonnement unique du synchrotron Soleil, au sud de Paris, promet de précieuses avancées dans la connaissance de l'infiniment petit.
Des "lignes de lumière", on ne distingue pour l'instant que de succintes installations, là où des laboratoires d'électronique, pharmaceutique, sciences de la terre ou sciences des matériaux viendront s'accrocher aux dizaines de faisceaux émergeant d'un grand anneau de béton.
Les expériences pourraient démarrer en janvier, indique Denis Raoux, directeur de la société civile Soleil (CNRS/CEA) qui gère la gigantesque machine à Saint-Aubin (Essonne). L'accélérateur de particules, qui trône au coeur du système, vient de passer avec succès les premiers tests.
Sur cet anneau de 354 mètres de circonférence, protégée par un tunnel, les électrons ont circulé comme prévu à une vitesse proche de celle de la lumière, accumulant une énorme et constante énergie, explique son adjoint, Michel Bessière.
Soumis dans leur course à des champs magnétiques qui courbent leur trajectoire ou bien la font osciller dans des onduleurs (séries de petits aimants juxtaposés), ces électrons libérent leur énergie sous la forme d'un rayonnement lumineux d'une intensité phénoménale.
Canalisé, le faisceau est "mille milliards de fois plus puissant que ce qui existe en laboratoire", souligne M. Bessière. Un pinceau de phare plus fin qu'un cheveu, qui pénètre dans les plus intimes recoins de la matière.
L'originalité de Soleil, reprend le directeur, c'est que ses concepteurs ont prévu d'utiliser ce "rayonnement synchrotron", qui donne son nom à la machine, sur "tout le domaine spectral, des rayons X aux infrarouges en passant par la lumière visible et les ultraviolets".
Pour "observer comment la molécule d'un médicament pénètre dans la cellule cible" ou encore pour "obtenir une image de la matière à l'échelle de l'électron", on n'a en effet pas recours à la même partie du spectre lumineux, continue-t-il.
Il faut utiliser une lumière dont la longueur d'onde est du même ordre de grandeur que le détail que l'on souhaite observer: pour voir comment s'organisent les protéines à l'intérieur d'une cellule, on part d'une échelle de quelques nanomètres (millionièmes de millimètre). 10.000 fois plus petit qu'un microbe, un atome ne peut, lui, être observé qu'avec des rayons X.
Aussi "chaque ligne de lumière sera-t-elle optimisée pour un domaine de recherche précis", ajoute M. Raoux. D'une vingtaine de mètres de long, chacune sera équipée d'une cabine d'expérience adaptée, suivie d'une station d'analyse des résultats automatisée. Le synchrotron peut en alimenter 43.
Les demandes pour du "temps de faisceau" affluent, d'organismes publics de recherche français, mais aussi d'autres pays, jusqu'à Taïwan qui veut "installer une ligne d'excellence pendant cinq ans" pour étudier la structure de la matière, remarque le directeur.
Des accords de collaboration sont déjà signés, comme vendredi avec l'installation britannique Diamond, qui achève elle aussi sa construction.
Il n'existe dans le monde que 12 autres synchrotrons de 3ème génération. En France, celui du plateau de Saclay (312 millions d'euros de coûts de construction, dont 183 millions de la Région Ile-de-France et du département de l'Essonne), sera le deuxième. Le synchrotron européen de Grenoble, construit dans les années 1990, est dépassé par la demande.



