BORDEAUX (AFP) - La première opération chirurgicale en apesanteur, réalisée mercredi à bord d'un avion de la société Novespace, "a été réussie" et "s'est déroulée sans aucune difficulté particulière", a annoncé le professeur Dominique Martin du CHU de Bordeaux.
"On n'a pas cherché à faire un exploit technique mais à réaliser un test de faisabilité. On s'est mis en situation réelle pour opérer dans les conditions spatiales", a-t-il indiqué au cours d'un point presse.
"Maintenant on sait qu'un être humain pourra se faire opérer dans l'espace sans trop de difficultés", a-t-il ajouté.
L'Airbus A300 de la société Novespace avait décollé à 09H30 de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, avec à son bord trois chirurgiens et deux anesthésistes qui ont réalisé en "moins de 10 minutes", selon le professeur Martin, l'ablation d'une tumeur graisseuse à l'avant bras d'un patient volontaire.
Le vol qui a duré trois heures a été en situation d'apesanteur au cours de trente-deux phases d'une vingtaine de secondes chacune.
"Si on avait eu deux heures d'apesanteur continue, on aurait pu opérer une appendicite", a souligné le professeur Martin.
La prochaine étape de l'équipe médicale consiste à faire réaliser une opération chirurgicale à un robot piloté depuis une base terrestre.
Le professeur Martin espère que cette intervention pourra avoir lieu d'ici l'an prochain.
Cette expérimentation, menée en collaboration avec le Centre national d'études spatiales (CNES) et le conseil régional d'Aquitaine, a permis d'enlever à Philippe Sanchot, 46 ans, une petite tumeur graisseuse à l'avant bras.
"Cette étape est indispensable avant de développer la phase au cours de laquelle on fera intervenir un robot piloté du sol par satellite", avait indiqué l'équipe médicale la semaine dernière. Ce projet unique en son genre a vu le jour en octobre 2003 quand le Pr Martin et son collègue anesthésiste Laurent de Coninck ont réalisé une microchirurgie dans les conditions spatiales sur une artère de queue de rat de 0,5 millimètre, une intervention impliquant des gestes chirurgicaux d'une extrême précision. La voie était donc ouverte à une intervention humaine. "Mais une transplantation rénale ou cardiaque n'est pas possible. Les interventions seront limitées à de la traumatologie", tempère M. de Coninck. "Aujourd'hui plus de 400 personnes sont déjà partis dans l'espace. La probabilité qu'il y ait des traumatismes en cours de mission va être de plus en plus importante, d'autant que faire redescendre un blessé sur terre représente un danger pour la personne mais aussi un coût élevé", soulève-t-il. Mais les chirurgiens ne peuvent embarquer dans tous les vols spatiaux, "d'où l'importance de la téléchirurgie", souligne M. de Coninck. L'opération de mercredi a permis de mettre en place des procédés de téléchirurgie avec base opérationnelle au sol et robot situé dans l'avion exécutant les gestes commandés par voie satellitaire. Ce projet, qui devrait aboutir en 2007, vient de recevoir l'agrément de l'Agence spatiale européenne (ESA). Le Pr Martin espère également prendre part aux travaux de recherche de l'ESA sur la future base lunaire, qui devrait être opérationnelle d'ici 10 à 15 ans. "Les vols longue durée vers Mars n'étant cependant pas prévus pour demain, l'expérience va permettre de développer des méthodes de travail et des outils miniaturisés qui pourront servir dans des conditions terrestres extrêmes, comme lors de missions au Pôle nord", argumente Guy Laslandes, directeur du programme Ariane V au Centre national d'Etudes Spatiales (CNES). Des unités opératoires démontables construites sur la base du module embarqué mercredi à bord de l'avion pourraient également être transportables dans des grottes ou des lieux difficiles d'accès, comme après des tremblements de terre, souligne l'équipe médicale.



