
La fusée russe Soyouz en Guyane, une manne qui se fait attendre
Date 19/1/2006 22:29:08 | Sujet : Espace
| L'Hôtel du Fleuve semble posé là, à l'entrée de Sinnamary, attendant que quelque chose se passe. Le plus souvent vide ou presque, l'établissement trois étoiles de 121 chambres a été inauguré au début des années 1990, quand le Centre spatial guyanais espérait faire atterrir l'avion spatial européen Hermès dans la savane Malmanoury, à 15 kilomètres du bourg. A l'instar de Kourou, qui profite depuis longtemps des retombées d'Ariane, la commune rêvait d'une expansion rapide dans le cadre du projet "Sinnamary 2000", qui devait voir sa population passer de 3 400 à 10 000 personnes à cette date.
L'abandon d'Hermès, trop cher et peu soutenu par les autres partenaires européens, a eu raison de ces rêves. La commune a perdu 650 habitants entre 1990 et 1999, et l'Hôtel du Fleuve n'a dû son salut qu'à l'engagement du Centre national d'études spatiales (CNES) à payer 65 % des chambres, quoi qu'il arrive. En novembre 2005, le contrat est arrivé à son terme, et les clients ne sont toujours pas là.
"L'avenir est assuré, mais il faut passer 2006", se rassure Jean-Marc Henry, directeur du groupe Sodexho en Guyane, qui exploite cet établissement. L'avenir, c'est Soyouz : en avril 2007, plus de deux cents techniciens et ingénieurs russes sont attendus là pour édifier les installations de lancement de la célèbre fusée russe, avec un vol inaugural prévu en novembre 2008. Sur 120 hectares, dans la savane Malmanoury, les terrassements sont en cours d'achèvement pour accueillir les premières infrastructures du nouveau pas de tir.
A l'entrée de la route de l'espace qui relie le bourg au futur pas de tir, un grand paneau annonce : "Sinnamary, terre d'accueil de Soyouz en Guyane". De fait, en 2007, plus de 550 personnes travailleront sur le site, indique le CSG. "Mais j'attends de voir ce que ça peut nous donner", explique Claire Ribal, restauratrice au bord du fleuve Sinnamary qui aimerait renouer avec la période d'intense activité du début des années 1990, quand s'édifiaient le barrage de Petit-Saut à Sinnamary, et les ensembles de lancement Ariane 5, à Kourou.
"Si les gens restent ici, mangent et dorment ici, alors ce sera bon", pense Floriette Méthon, 81 ans, l'une des doyennes de la commune. "En revanche, si Sinnamary porte le nom Soyouz et que les gens vont à Kourou, alors ça ne rapportera rien", poursuit-elle. Sa petite-fille Myriam a ouvert une quincaillerie il y a deux ans, et elle prépare aujourd'hui l'ouverture d'une boîte de nuit dans la commune "pour que les Russes restent ici et n'aillent pas à Kourou".
Le pourront-ils ? "Les Russes seront logés à Sinnamary car l'ensemble de lancement sera proche du bourg et ils n'auront pas l'autorisation de traverser la base pour se rendre à Kourou", assure Jean-Louis Marcé, le directeur du CSG, faisant allusion à la fermeture en 1994 de la "route de l'espace" qui reliait Kourou à Sinnamary via les ensembles de lancement Ariane. Question de sécurité ont dit les autorités. Depuis, pour se rendre de Kourou à Sinnamary, les habitants doivent emprunter une déviation qui rallonge le trajet d'une quinzaine de kilomètres...
De petits désagréments qui parfois s'ajoutent aux craintes de quelques-uns. "Certes, Soyouz apportera beaucoup d'activité à Sinnamary, mais on peut craindre la pollution, surtout pour les enfants et les femmes enceintes...", affirme Benson, une jeune femme du Guyana mariée à un habitant de la commune. Tout le monde ici se souvient de l'explosion, en juin 1996, du premier exemplaire de la fusée Ariane 5 peu après son décollage et des "picotements" et larmes aux yeux qui avaient suivis. Pas d'inquiétude tempère le CSG dans un document récemment distribué lors d'une réunion d'information sur le chantier : "Soyouz utilise de l'oxygène liquide et du kérosène (...), dont les produits de combustion sont identiques à ceux issus de la combustion des moteurs des véhicules automobiles ou des moteurs d'avion".
Soit, mais "à trois ans de son vol inaugural, Soyouz n'a toujours pas obtenu l'adhésion populaire", regrette le maire, Georges Madeleine. Des initiations à la langue et à la culture russes ont bien été engagées, mais cela ne suffit pas. En plus, les discussions avec le CSG sur la priorité qui pourrait être donnée aux entreprises communales pour participer au chantier "ont été parfois orageuses", confie un élu. Mais, rappelle Georges Madeleine, " la prospérité du spatial en Guyane ne sera garantie qu'à une condition : que le spatial accompagne le développement local. Ce serait, dit-il, un juste retour des ".
COÛT DU PROJET. 344 millions d'euros. 223 millions d'euros seront financés par l'Agence spatiale européenne, la France assurant 60 % de cette somme. Le solde, 121 millions d'euros, sera couvert par un prêt contracté par Arianespace.
MONTAGE INDUSTRIEL. Maître d'ouvrage du chantier : l'Agence spatiale européenne. Maître d'oeuvre : le Centre national d'études spatiales. Exploitant du pas de tir : Arianespace. Le CNES a signé un contrat de 135 millions d'euros avec Vinci Constructions Grands Projets pour la réalisation des infrastructures de lancement.
CALENDRIER. A partir de 2009, ce nouveau pas de tir assurera 3 ou 4 lancements par an. Grâce à la situation géographique de Kourou, le lanceur russe pourra emporter 2,8 t en orbite géostationnaire contre 1,8 t seulement depuis Baïkonour.
source: le monde
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